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Arsenal des objets français

Après les avoir si durement récupérés, les voilà, ici, dans nos installations, prêts à être compris, soignés et utilisés.
Lisez bien attentivement chacun de ces rapports, ne commettez pas d'impairs. Si vous êtes blessé par l'un de ces objets ou entités, ce ne sera jamais de leur faute. Mais de la vôtre.
Gardez à l'esprit que ce qui est entre nos mains, entre celles des chercheurs, docteurs, physiciens, spécialistes, est notre avenir. Et cet avenir, nous devons le préserver, l'améliorer et le faire s'épanouir.
Que l'anormal nous guide à travers les ténèbres et nous aide à avancer vers un monde meilleur.

- Christian Terrer — Directeur de la Base-02




Arsenal des objets Anglais | Arsenal des objets Français

Arsenal Offensif

  • 01-001-█ - Document classifié
  • 01-002-█ - Document classifié
  • 01-003-█ - Document classifié
  • 01-004-█ - Document classifié
  • 01-005-█ - Document classifié

Arsenal Défensif

  • 02-001-█ - Document classifié
  • 02-002-█ - Document classifié
  • 02-003-█ - Document classifié
  • 02-004-█ - Document classifié
  • 02-005-█ - Document classifié

Arsenal Logistique

  • 03-001-γ - Cinq Moulins de Constantinople
  • 03-002-δ - Le Vestibule De Poséidon
  • 03-003-█ - Document classifié
  • 03-004-█ - Document classifié
  • 03-005-█ - Document classifié

Arsenal Médical

  • 04-001-γ - Dérèglement Social
  • 04-002-█ - Document classifié
  • 04-003-█ - Document classifié
  • 04-004-█ - Document classifié
  • 04-005-█ - Document classifié

Arsenal De Soutien

  • 05-001-γ - Larmes de Lune
  • 05-002-γ - Métal Énergétique
  • 05-003-█ - Document classifié
  • 05-004-█ - Document classifié
  • 05-005-█ - Document classifié
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notation: 0+x

Ses oreilles sifflaient.
Il ouvrit les yeux.
Cela faisait… deux semaines qu'il était ici ?
Il avait perdu le compte à un moment, mais il s'était arrêté à deux semaines.
La lumière blafarde d'un néon accroché au plafond éclairait faiblement la pièce.
Il se trouvait dans une salle cubique, certainement dans un sous-sol.
Les murs et le sol étaient d'un béton sale, taché de sang.
Cette pièce n'était pas nettoyée souvent, il en était sûr.
L'odeur de chair pourrie et de moisissure n'était pas là pour le contredire.
"-On reprend." Entendit-il de derrière lui.
Il ferma les yeux.
Comment supporter le plus longtemps possible la torture ?
S'enfermer dans sa tête.
Rester cloîtré dans un souvenir fort, lointain, et sans rapport avec la situation actuelle.
S'éloigner au maximum de la réalité.
Il sentit l'eau fouetter sa peau.
Ça reprend.
Puis, il sentit le métal froid collé à son torse.
Son esprit était déjà loin quand l'électricité parcourait son corps.

"-Papa, viens voir ! Criait-il.
-Quoi ?" Dit son père d'une voix traînante, la bouche pâteuse.
Il a encore bu…
"-Viens, c'est l'heure de l'entrainement ! Dit-il d'une voix joyeuse.
-Encore ? Allez dépêche-toi, j'ai pas que ça à foutre."
Fut un temps où son père était un escrimeur respectable et respecté.
Puis, il avait pris sa retraite, et avait sombré dans l'alcool.
Jeffrey était dans un petit gymnase.
Sur sa droite, un espace vide avec des pantins de bois dispersés un peu partout et des punching-balls. Sur sa gauche, une étagère où reposait du matériel d'escrime.
Il prit une rapière, et s’entraînait, comme à son habitude.
À une époque, son père aurait été actif, l'aurait conseillé, aurait montré comment faire.
Mais non, il était juste là, assis.
Il buvait, comme toujours.
Jeffrey s’entraînait quand il vit du coin de l’œil son père se lever.
Il se tourna à sa gauche pour apercevoir son père qui quittait la pièce.
Il enlevait ses protections, prêt à aller voir où son père était parti, quand il entendit un hurlement.
Maman !
Il quitta la pièce en courant.

Il arrivait en bas de l'escalier.
D'ordinaire, la cuisine était un endroit plutôt agréable à l’œil.
Une baie vitrée laissait entrer la lumière, et la pièce avait une apparence moderne qui ne lui déplaisait pas.
Mais les meubles, inconditionnellement propres, étaient sales aujourd'hui.
Du sang.
Il voyait son père debout, une épée d'entrainement en bois à la main.
Il fit le tour du comptoir, et découvrit sa mère, étendue par terre.
Son cou était tordu, sa tête formait un rictus effrayant, mélange de peur et de douleur.
Elle ne criait plus, ne bougeait plus.
Ne parlait plus, ne vivait plus.
Des images défilèrent dans sa tête.
Toutes les fois où il avait entendu sa mère crier.
Toutes les fois où il l'avait vu supplier.
Toutes les fois où son père avait frappé.
Il entendit une dernière parole.
Un hurlement de son père, qui s'acharnait sur ce qui auparavant était sa mère.
"-Connasse !"
Il ne réfléchissait plus.
Il n'entendait plus.
Il ne voyait plus.
Il leva le bras, abattit sa rage sur ce qui avait un jour été son père.

Il reprenait ses esprits.
Il sentit un choc violent contre sa mâchoire.
"-C'était quoi tes ordres Nightblade ?! Hurlait l'un des gorilles qui le torturaient depuis ce qui semblait être une éternité.
- Je peux pas donner ce genre d'informations, et encore moins à un clébard comme toi." Dit-il en crachant au visage de son interlocuteur.
Il se prit un autre coup, dans le nez cette fois.
"-Tu vas nous dire, à la virgule prêt, ce qu'étaient tes ordres en venant ici, et tout ce que tu sais. Reprit l'homme d'une voix forte, sans appel.
-Ça risque d'être compliqué !" Le railla Jeffrey.
Une nouvelle fois, il fut aspergé d'eau.
Et c'est reparti.
Une nouvelle fois, Il repartit dans les limbes de sa mémoire, tandis que son corps convulsait sous l'effet de la douleur et de l’électricité.

Il était assis au comptoir d'un bar miteux.
L'endroit était plutôt bruyant, mal éclairé par quelques ampoules au plafond.
La bière était dégueulasse.
Mais ce n'était pas n'importe quel bar, c'était le Immortal Conquerant.
C'était un bar comme les autres de jour, mais c'est dans la cave que les combats de rue étaient organisés.
À coté de lui, un homme.
Pas n'importe qui, Alfred Moon.
Cet homme était son seul ami dans ce monde hostile.
Ce soir, c'était à Jeffrey de se battre.
Jeffrey avait un ratio nul, littéralement.
Les combats se faisaient en deux fois.
Le premier était le lundi, le deuxième le jeudi.
La victoire au final était accordée à celui qui remportait le deuxième, mais le premier était compté quand même s'il y a égalité.
Mais dans ce cas, à quoi servait le premier ?
Casser une jambe pour gagner le second combat d'office, intimider l'adversaire, s'échauffer…
Chacun mettait à profit ce premier combat.
Jeffrey, lui, avait une approche plus stratégique.
Le lundi, il se laissait faire, se retenait, prenait les coups, et observait les habitudes, les stratégies, les techniques de son adversaire.
Le jeudi, il se battait vraiment.
Cette méthode lui avait valu le surnom de "Revenge", car il perdait toujours volontairement le premier combat, et gagnait le deuxième.
L'heure approchait, il devait y aller.
Aujourd'hui, on était jeudi.

Il était debout, adossé a un mur, dans la ruelle sombre adjacente au bar.
Il essuyait le sang qui coulait de sa mâchoire.
Il attendait Alfred, qui était parti récupérer les gains.
"-Salut Al. Dit-il.
-Salut, dis-moi, t'as déjà pensé à mettre tes talents au combat à profit ? Demanda ce dernier.
-Bah c'est ce que je fais, non ?
-Je veux dire, vraiment t'en servir, pour être utile, pour faire le bien, pas pour te faire massacrer chaque lundi et manquer de buter un mec chaque jeudi.
-Je vois où tu veux en venir, mais je suis pas sûr que ça soit possible.
-Tu as déjà entendu parler de l'Insurrection du Chaos ?
-C'est quoi ça, une secte ?
-Pas tout à fait…"
Après ça, les choses s'étaient accélérées pour lui, il avait rejoint l'Insurrection, découvert l'anormal, créé NightWatch, tué Moon, reformé NightWatch, rencontré Sonya…
Sonya
Il l'aimait.
C'était tout ce qui comptait pour lui.
Sans elle, le reste n'avait aucune valeur.
Elle était sa raison de vivre.
Il ne devait pas lâcher.

Il revenait à la réalité, quelques instants.
Il se faisait frapper par le colosse, encore
"-Tu sais tu devrais penser à te renouveler, tu fais que frapper." le railla t'il
Il referma les yeux.
Sonya
Il en avait fait des opérations avec elle.
Ils avaient eu une existence mouvementée.

Les ténèbres régnaient autour d'eux.
Enfin, c'est ce qu'il supposait.
Sonya avait relevé la mèche qui lui cachait l'œil droit.
Il l'observa un instant.
Ravissante.
Ils étaient allongés dans le noir, sur un plateau.
Ils devaient attaquer un site de la Fondation en montagne.
L'endroit n'était pas propice aux attaques, donc ils avaient été envoyés.
Ils devaient attendre encore 7 minutes avant d'attaquer.
"-On doit y aller. Lança-t-il.
-Ouais, go !" Répondit-t-elle
L'espace d'un instant, leurs regards se croisèrent.
Avec le temps, ils avaient appris à communiquer sans communiquer.
Pas de gestes, ni de paroles.
Simplement une connaissance parfaite des tocs et des expressions faciales et corporelles de l'autre.
Et aussi beaucoup d'empathie.
Leurs regards ne s'étaient croisés qu'un instant.
Cela suffisait.
Ils commencèrent à marcher, cote à cote, vers cette forteresse imprenable se dressant au milieu des montagnes.

Ca avait merdé.
Putain.
Tout se passait comme prévu.
Ils avaient infiltré la base, ils avaient tué les gardes sur le chemin, ils avaient récupéré les informations qu'ils cherchaient.
Mais, un gars de l'EIT avait fait du bruit en butant un garde.
Et là, c'était parti en couille.
Y avait d'abord eu les alarmes.
Puis, les lumières.
Puis, les gardes.
Et pire encore, il avait été séparé de Sonya.
"-Je vais niquer l'électricité avant que ça soit trop la merde, on se retrouve dehors. Avait-elle simplement dit.
-Je t'aime" Lui avait il répondu.
Et voilà comment il se retrouvait dans la merde.
Il respira un grand coup.
OK, analysons la situation.
On a réussi à extraire une partie de l'EIT.
L'équipe 2 y est toujours.
Et Sonya est partie à la salle des générateurs.
Donc, elle devrait couper l'électricité.
Et là, ils reprendront le contrôle.
Il fallait tuer ceux qui le voyait, et rester planqué un maximum, commencer à avancer vers les appartements du directeur de site.

Il était prêt.
Il avançait dans le dédale de couloirs qu'il avait appris par cœur avant de venir.
Des murs blancs, des flèches colorées au sol, indiquant la route à suivre pour évacuer.
Il entendit un déclic : La lumière était éteinte.
Je t'aime.
Il commença à se mouvoir, plus rapidement, silencieusement.
Il croisa un groupe d'agents qui couraient.
Ils ne le virent pas. Dommage pour eux.
Il approchait enfin des quartiers du directeur quand la lumière se ralluma.
Il n'y a pas de générateur de secours ici.
Il partit, en sens inverse.
Il courrait, lame au clair.
Il se fichait de faire du bruit, si la lumière était allumée, ça ne pouvait signifier qu'une seule chose.
Elle avait besoin de lui.
Je ne t'abandonnerai pas.

Il ouvrit la porte massive d'un coup de pied.
La salle était peu meublée. Des murs en béton, et des machines.
Il voyait Sonya se battre contre 3 gardes.
Il vit le visage des gardes : Le chef de la sécurité et ses deux seconds.
Il détailla rapidement Sonya : Une longue plaie lui courait sur le coté de la jambe droite, et de nombreuses estafilades étaient visibles, laissant transparaitre du sang à travers les déchirures dans les vêtements.
Voir Sonya dans cet état l’enrageait, mais il devait rester rationnel.
Ils ne gagneraient pas dans ces conditions.
Ces trois clébards ne sont pas un problème, mais y a le reste de la sécurité.
Sonya le vit.
Leurs yeux se croisèrent.
Un seul sens à leurs regards.
Je t'aime.
Les agents aussi l'avaient vu, mais ils étaient déjà occupés avec Sonya.
Jeffrey passa sa main gauche dans sa besace.
Il attrapa les trois couteaux de lancer qu'il possédait.
Il les lança sur le premier agent, qui évita le premier, para le deuxième, et se prit le dernier dans l’œil droit.
L'agent s'effondra au sol.
Un de moins.
Rapière en main, il fonça.
Tout en gardant à distance le chef de la sécurité, les assauts répétés de Sonya et de Jeffrey eurent raison de la garde du deuxième agent, qui se retrouva vite désarmé, une rapière en travers de la gorge, et un couteau dans l’œil.
Jeffrey regarda Sonya et l'embrassa rapidement.
"-Repose toi un peu, je m'occupe du chef des clébards."
Sonya trancha la gorge de l'agent qui avait encore le couteau de lancer dans l’œil, et se laissa glisser au sol, adossée au mur.
Jeffrey se retournait vers le chef.
"-Général clébard, m'accorderez vous cette danse ?
-Toi, t'as un problème dans ta tête… C'est un putain de combat. Dit-il, en s'élançant.
-Pffff… Même pas capable de m'offrir une valse valable. Se lamenta Jeffrey, railleur, en esquivant la charge.
-Mais tu vas la fermer et te battre ? Pesta le général, se retournant et repartant à la charge.
-Sonya, il n'y a qu'avec toi que je m'amuse, c'est définitif… Cette incompétence me consterne. Soupira Jeffrey, exagérant au maximum ses esquives.
-Tu rigoles bien, mais j'ai salement charcuté ton agent, et c'est ton tour ! dit il, en repartant à la charge.
-Premièrement, tu vas perdre, et tu le sais. Débuta Jeffrey. Ensuite deuxièmement, blesser un de mes agents, c'est me blesser, et me blesser, c'est affronter ma colère. Son ton devint soudainement dur, ferme, fort. Et enfin troisièmement, personne ne touche à Sonya. Prépares toi à crever. Il avait arrêté d'esquiver.
Il para la première charge, se baissa, donna un coup de coude ascendant dans la mâchoire du chef, recula d'un pas, redressa sa rapière, et l'enfonça dans la gorge de son assaillant.
"-Je t'avais prévenu, clébard." cracha-t-il.
Il éteignit la lumière.
"-Tu vas bien ? demanda-t-il, inquiet.
-Je peux marcher sans trop boiter, mais faut pas s'attarder."
Elle était couverte de sang, pas que celui des ennemis, et la plaie à sa jambe avait l'air plus profonde que ce qu'il avait vu de premier abord.
"-Nous sommes l'armée, le murmure, la mort. Commença-t-il.
-Nous sommes ceux qui viennent des ténèbres." termina-t-elle.
Ils s'embrassèrent, il la prit sous l'épaule, et ils se dirigèrent vers la chambre du directeur.

Après ça, tout s'était enchainé.
Des opérations, toutes réussies, souvent sans problèmes.
Durant certaines opérations, il avait du faire des sacrifices.
Il serait volontiers mort une dizaine de fois pour sauver la vie d'un agent.
Il serait mort un milliard de fois pour sauver la vie de Sonya.
Et un jour, il avait reçu une cible extrêmement complexe.
Un site de la Fondation avait été créé pour résister à tout type d'attaques.
Et il était sans faille, ou presque.
Le plan était là.
Nightblade s'était fait capturer en essayant d'attaquer la base.
Et il avait été torturé pendant presque trois jours, puis, les renforts étaient arrivés après que la Fondation ait baissé sa garde.
Sauf que ça faisait au moins deux semaines, et personne n'était venu.
Il avait perdu espoir, mais il s'accrochait.

Il releva la tête.
La lumière s'était éteinte, ils étaient dans la pénombre.
"-Bon, Nightblade je vais te laisser une dernière chance avant de crever, parle ! Le menaça l'autre connard.
-Bon, OK, vous allez tout savoir, mais je suis pas sûr que vous appréciez ce que je vais dire."
Son geôlier ouvrit la porte, sortit, et alla chercher un magnétophone.
Une trentaine de secondes après, il referma la porte derrière lui en entrant.
Il appuya sur les touches du magnétophone, et lança l'enregistrement.
"-Alors, pour comprendre ce que je fous là, faut remonter à la création de l'unité NightWatch. Au début, on était une unité normale, dont j'étais le cofondateur. Puis un jour, l'autre fondateur a trahis l'insurrection, et tout NightWatch s'est fait décimer. Il ne restait que Sonya et moi. Les autres étaient morts. Alors on a du revoir notre stratégie, et on a modifié grandement l'organisation de l'EIT NightWatch.
-C'est à dire ?
-On a refait une hiérarchie, on a revu notre manière de penser, et je suis allé menacer le binoclard qui donnait les ordres.
-Qui est Sonya, et c'est quoi NightWatch ?
-Alors, Sonya est une personne que j'ai entraîné moi-même, et qui est aussi forte que moi maintenant. Et NightWatch est une petite équipe spécialisée dans l'infiltration de nuit, et l'assaut discret. Pour faire notre travail on utilise les Larmes de Lune.
-Les Larmes de Lune ?
-Des gouttes pour les yeux anormales, qui donnent une nyctalopie temporaire à ceux qui les utilisent. Une goutte suffit pour tenir plusieurs heures, mais sur le long terme, les Larmes font perdre la vision des couleurs. Pendant l'opération dont je parlais juste avant, j'en ai pris une grande quantité dans les yeux, et depuis, j'ai des iris argentés, et une nyctalopie parfaite de l'œil gauche, et une partielle de l’œil droit. Aussi, je ne vois qu'en nuances de gris de l'œil gauche, et des couleurs ternes à droite. Ah et au fait."
Le gorille buvait ses paroles.
Parfait.
"-Quoi ? demanda l'abruti en face.
-Vous auriez du allumer la lumière.
-Pardon ? Demanda le gorille, en se retournant d'un coup vers la porte.
-Il est à moi, je veux que tous ces enculés restent vivants, je veux m'en occuper moi.
-Tu as perdu la tête, on y est allé trop fort on dirait. Bref, parle-moi de tes ordres !"
Ce fut les derniers mots que le gorille prononça.
Il se prit un coup violent dans la nuque.
"-Ça fait combien de temps ? Demanda Jeffrey à Sonya.
-Que tu es là ? Trois semaines.
-Ah ouais, j'ai arrêté de compter les secondes quand je suis arrivé à deux semaines.
-Tu t'ennuyais à ce point ?
-Depuis que Alètheia m'a entrainé, j'ai l'impression d'être dans une salle d'attente. Quand ils font ces trucs."
Il mentait, elle se savait.
Il était pas en bon état.
Elle le détacha.
Il se leva d'un coup, puis retomba sur sa chaise.
"-Merde, bon, il va me falloir un peu de temps pour reprendre mes esprits, c'est rien"
Le tressaillement de sa voix ne trompait pas, tout comme son regard.
Ces yeux d'habitude si inexpressifs laissaient transparaître ses émotions.
"-Sois honnête, je sais que tu mens, qu'est ce qu'il s'est réellement passé ?" Demanda-t-elle
Il la regarda dans les yeux.
Les mots ne permettent pas de raconter ce qu'il s'est passé.

"-Tes affaires sont dans un carton sur le bureau juste à coté.
-Parfait merci."
Il alla récupérer sa veste, sa rapière, ses couteaux.
Quand il revint dans la pièce, les rôles s'étaient inversés.
Il n'était plus attaché.
Il n'était plus le torturé.
Il ne souffrait plus.
Assis sur la chaise face à lui se trouvait le gorille.
Il le gifla, et celui-ci se réveilla.
"-Putain, mais pourquoi Grell nous a pas prévenu qu'ils venaient ? Gueula le gorille.
-Merci pour l'info, maintenant je sais qui a balancé. Ah et au fait, tu te souviens quand tu me demandais mes ordres ?
-Oui ? Répondit le gorille, d'une voix tremblante, terrifié à l'idée de ce qui l'attendait.
-Je n'aurais jamais pu te répondre. Il faut savoir un truc, NightWatch ne reçoit pas d'ordres. Nous ne sommes pas des clébards comme vous, on nous donne une cible, c'est tout. Les instructions sont pour les toutous bien dressés comme vous. Et c'est pour ça que tu pouvais demander pendant longtemps, et c'est aussi pour ça que tu ne pouvais pas savoir quand ils allaient arriver. Nous sommes ceux qui viennent des ténèbres, personne n'annonce notre venue, personne ne nous sent approcher, nous apportons la mort avec nous. Ah et au fait, ce séjour était très instructif.
-Comment ça instructif ? Tu as cru que parce que tu avais pu être sauvé, tu avais vaincu la Fondation entière ?
-Alors, vaincre la Fondation non, c'était pas mon but. Par contre, quand la plus grande menace qui pèse sur vous est capturée, et que vous ne voyez aucune autre menace, vous baissez votre garde, et c'est là que la mission commençait.
-La mission ?
-Vous avez réussi à capturer Nightblade. Super, mais il vous manque un élément crucial du puzzle. Nightblade est le nom de code que j'utilise pour les missions d'infiltration exigeant la capture d'un agent. Mon vrai nom de code est Revenge.
-Quoi ? PUTAIN ! ENCULÉ !"
Jeffrey prit le seau d'eau dans le coin de la pièce, et le vida par terre.
"-Pas d'eau pour toi."
Son ancien geôlier hurlait, suppliait, pleurait…
Jeffrey accrocha les bandes de métal au torse de son geôlier.
Il activa le courant.
Il alla rejoindre Sonya dans la pièce adjacente.
"-Désolée que tu aies du subir ça… S'excusa-t-elle, les larmes aux yeux.
-Ne pleure pas, ce n'est pas grave. J'ai tenu le coup, et tu m'as sauvé, c'est l'important.
-Ça devait durer trois jours, mais y a eu des imprévus, on…" Commença-t-elle
Il défit son masque, et l'embrassa.
Ils restèrent ainsi plusieurs minutes, les visages si proches, puis, ils se séparèrent.
"-Je t'aime, le reste ne compte pas.
-J-je… Je t'aime, et je suis désolée."
Ils s'embrassèrent de nouveau.

Jeffrey titubait légèrement, soutenu par Sonya.
Derrière eux, le Site était déjà loin.
Ils devaient se dépêcher s'ils voulaient vivre.
Chaque site de la Fondation dispose d'une ogive nucléaire qui s'active en cas de brèche majeure.
Cette ogive, au cas où le système d'auto-activation était endommagé, était activable manuellement, si l'on entrait la flopée de codes.
Et l'emplacement de l'ogive était tenu secret.
Ils avaient récupéré les informations qu'ils voulaient, les codes, l'emplacement.
Ils étaient hors de la zone d'effet des radiations, et il restait 3 minutes.
Ils s'assirent dans l'herbe, collés l'un à l'autre, tandis que soufflait une légère brise rafraichissante, sûrement du au souffle de l'explosion déchirant l'horizon.
"-Je rendrai sa lumière à ton regard. murmura Sonya
-On parie que je peux te refaire sourire ?" Répondit Jeff

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Il se releva, serra sa rapière, et repartit à l'assaut.
Il donna un coup d'estoc que son adversaire esquiva de peu.
Il recula d'un pas puis se lança de nouveau vers son opposant.
Les lames s'entrechoquèrent.
"Salut les mecs !"
Il s'écarta de son opposant.
Agent Dean Lance
Le troisième second de l'EIT NightWatch venait d'entrer dans la pièce.
Il rengaina sa rapière.
Son opposant fit de même.
"- Encore à vous entraîner, questionna Lance.
- On est jamais assez prêts !"
C'était son adversaire qui avait répondu, tandis qu'il jaugeait silencieusement celui qui avait manqué de le tuer à peine quelques secondes avant…
Le Commandant Alfred Moon
"- Si je suis venu vous chercher, c'est qu'on a de nouveaux ordres.
- OK, je vais voir ce dont il s'agit. Jeff, on se retrouve au poste de commandement."

Cela faisait deux mois maintenant que l'EIT NightWatch avait été formée, et malgré quelques dissensions entre certains agents, NightWatch fonctionnait plutôt bien.
Il était fier du résultat, et il pouvait.
Il était, avec le Cm. Moon, le cofondateur de cette EIT n'opérant que de nuit.
Ils étaient 25 au total : Moon et lui qui commandaient, ensuite venaient les 3 lieutenants, puis 4 équipes de 5 agents, 3 actives, et une équipe de réserve.
Tout allait parfaitement bien : ils étaient efficaces, s'entendaient bien dans la majorité, et puis, il y avait le deuxième lieutenant…
L'agent Sonya Angel Orion-Melancholy : une femme qu'il avait recrutée, puis qu'il avait entraînée.
Il aimerait bien la connaitre plus, mais le gouffre entre elle si réservée, si fermée, si sérieuse, et lui qui passait son temps à parler fort, à rigoler, paraissait si grand…
Il pensait qu'il deviendrait sérieux après sa première opération avec NightWatch, mais non : rien pour lui faire fermer sa grande gueule…
Un jour, il serait sérieux, concentré, mais en attendant, il fallait aller au centre des opérations.
Il marchait dans le couloir, aux cotés de Lance et de deux autres agents, rigolant avec eux, ils étaient détendus à l'idée de voir en quoi consistait cette deuxième opération de nuit.

Un manteau noir, sa rapière, une fiole de Larmes de Lune, un fusil de sniper, et son Five SeveN.
Il était étendu dans le sable, à ses cotés se trouvaient 5 agents, Moon, Lance, et Melancholy.
Lance et Moon devaient partir avec les agents dans peu de temps.
Un assaut dans le désert, pas le terrain le plus accueillant.
Melancholy devait le protéger d'une éventuelle attaque surprise.
Moon lui tendit une fiole de Larmes de Lune.
"- Tiens, prend en une de plus, on sait jamais, j'en ai emporté trop, ça pourrait t'être utile.
- Merci"
Il prit la fiole, et la mit dans sa sacoche, aux cotés de la première fiole.
Son œil gauche ne distinguait que des ténèbres, tandis que son œil droit, lui, voyait aussi clairement qu'en plein jour.
Il se mit en position, attendant le signal.

Ils couraient.
"- PUTAIN, C'EST QUOI CE BORDEL ? cria-t-il à l'attention de Sonya.
- J'EN AI AUCUNE IDÉE, MAIS T'AS PAS INTÉRÊT À CREVER !"
Ils avaient entendu des coups de feu, des cris, et une tempête de sable s'était levée.
Ils se mirent à l'abri de la tempête, s'assirent et firent un point sur la situation.
Sonya déplia une carte, et sortit un feutre.
"- Donc, les coups de feu provenaient du nord, ça veut dire que…
- L'équipe 1 a foiré son infiltration." compléta-t-il
L'équipe 1…
10 soldats et un lieutenant…
Soit ils avaient été contraints d'utiliser leurs armes à feu, soit ils étaient morts…
"- Mais, si ils ont foiré, ça veut dire que l'équipe 2 n'a pas atteint son objectif, non ? Lança-t-il
- Ouais, ils n'ont pas nettoyé la zone nord. Y a pas eu de coups de feu de leur coté, ils s'en sont sortis ? demanda-t-elle
- Ce serait un problème de timing ? J'y crois moyen, ils avaient largement le temps d'y aller non ?"
Ils restèrent silencieux, la tempête se calmait…
Il avait envie de parler, il avait besoin d'engager la conversation.
"- Tu devrais te mettre des Larmes dans les deux yeux, on risque d'en avoir besoin. suggéra-t-il
- Ouais, je pense que tu as rai… commença t'elle
- RAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !" hurla-t-il
Elle se lança vers lui, qu'était-il arrivé ?
Elle vit alors : la fiole était grande ouverte, et vide.
Il hurlait de plus belle, à s'en déchirer la voix, un hurlement qui vous glace le sang.
"- Merde, ça va ? demanda t'elle.
- PUTAIN JE VOIS PLUS RIEN !" hurla t'il.
De légères volutes vertes s'échappaient de ses yeux.
"- Je vois que dalle ! cria-t-il
- Calme toi, je vais t'aider." lui dit elle, d'un ton rassurant
En réalité, elle n'avait aucune idée de comment ils pouvaient s'en sortir.
Il ne hurlait plus.
"- La douleur est supportable ? demanda-t-elle
- Non, mais c'est pas comme si j'avais le choix" répondit il, d'un ton cassant
Il s'ensuivit un silence gêné…
"- Désolé, je voulais pas te blesser… s'excusa-t-il
- Pas grave dit-elle, en lui attrapant la main."

"Je vais ranger l'équipement, ne bouge pas, d'accord ? reprit-elle d'une voix douce
- Ok"

Ils marchaient vers le point de rendez-vous en cas de problème.
Elle lui tenait la main, le guidant à travers des ténèbres qu'il ne saurait percer.
Elle se retourna soudainement.
"- Il se passe quoi ? demanda-t-il
- On est suivis, pas des alliés.
- Merde, bon, mon œil droit n'est que partiellement touché, j'y vois vite fait, mais je suis pas au top.
- C'est mieux que rien"
Elle sortit un Five SeveN, qu'elle pointa vers la source des bruits.
Se jeta alors sur elle un homme, armé d'un poignard.
Elle tira, mais aucune détonation ne se fit entendre.
Merde, enraillé
Elle n'eut pas le temps de prendre une autre arme ou de s'écarter qu'elle était déjà à portée de son assaillant.
Elle ferma les yeux.
Un chuintement se fit entendre.
"- T'as pas intérêt à crever. lui dit Jeffrey
Elle leva la tête.
Son agresseur était face à elle, la tête tranchée d'un coup de rapière.
Elle se retourna vers Jeffrey
- Merci. murmura-t-elle, tandis qu'il se faisait un bandage autour de l’œil gauche.
- Je vois à peu près de l’œil droit.
- Ça fera l'affaire. répondit-elle
- Les flingues sont niqués par le sable. dit-il en jetant son fusil de sniper. On y va, faut pas rester immobile." termina-t-il

Ils arrivaient au point de rendez vous.
Ils étaient seuls…
"- On fait quoi ? Débuta Jeffrey
- On attend un peu, et on se casse si personne ne vi—
- Attention !" cria Jeffrey en poussant Sonya
Un couteau de lancer noir comme la nuit venait de frôler le visage de Jeffrey.
"- Merde, c'était quoi ?
- Un couteau NightWatch dit-il en ramassant l'arme. Celui de…
Moon.
- Mais c'est quoi ce bordel ?
- La fiole piégée, c'était Moon qui me l'avait donné… Et l'équipe 2 devait être couverte par l'équipe de Moon…"
Il dégaina sa rapière, et se tourna.
"- Tu vas où ? demanda-t-elle
Il se tourna vers elle, et c'est là qu'elle comprit.
Son iris droit avait perdu toute vie, un regard vide, comme si l'humanité en avait été aspirée.
- Mon œil droit suffira." dit-il simplement
Il serra sa rapière, marchant vers l'endroit d'où le couteau avait été lancé.
Un sifflement se fit entendre.
Il fit un pas de coté, tandis qu'un deuxième couteau de lancer se logeait dans le sable.
Il continuait à avancer, calmement, déterminé.
Il bougea rapidement ses doigts.
Sur ta droite, Lance
Sonya s'élança vers sa droite, tandis que Jeffrey arrivait de l'autre coté de la dune le séparant de Moon.
"- Mes Larmes t'ont été utiles ? demanda ce dernier, moqueur.
- Viens vérifier." dit calmement Jeffrey.
C'était comme à l'entrainement : au moindre faux pas, c'est la mort.
Il n'y avait plus d'issues, aucune alternative.
C'était se battre ou crever.
"- M'accorderez vous cette danse ? Le railla son adversaire en se mettant en garde.
- C'est ta tête qui va valser." Répondit Jeffrey.
Rapière contre rapière.
Commandant contre commandant.
Il devait gagner.

Leur valse durait depuis quelques minutes, et aucun des deux combattants n'était seulement blessé.
Son œil gauche ne lui faisait plus mal, mais cela lui donnait un énorme désavantage, un angle mort beaucoup trop grand à son gout.
Merde, à ce rythme, il m'aura à l'usure.
Ce combat durait depuis trop longtemps, et son adversaire était plus endurant.
Je ne peux pas crever maintenant, j'ai laissé trop de choses derrière moi.
Il s'accrochait à cette idée, cependant, il savait pertinemment que plus rien ne le retenait ici.
Soudain, il la vit, au loin, en train de se battre contre Lance.
Il avait une raison de vivre.
Une attaque venant de son angle mort, il la vit au dernier moment.
Il se baissa pour esquiver, la lame frôla son visage, lui arrachant le bandeau cachant son œil gauche.
Son visage n'était qu'à quelques centimètres de celui de Moon.
Leurs yeux se rencontrèrent.
Son adversaire tressailli.
Un murmure.
"- Merci pour le couteau."
Il s'écarta tandis que s'effondrait son adversaire, un couteau de lancer planté dans l’œil gauche.
"- ENCULE ! cria ce dernier
- Oui, tes Larmes m'ont été utiles" termina Jeffrey.
Il se tourna, et vit Sonya aux prises de Lance.
Il s’apprêtait à lui porter secours quand il vit un éclat argenté provenant d'une dune sur sa gauche.
Il se jeta à terre, tandis qu'une détonation résonnait dans le désert.
Il entendit le sifflement de la balle le survolant.
Il se releva, et fonça.
Il atteignit le sniper avant que celui-ci n'ait eu le temps de recharger.
Donc les autres lieutenants étaient dans le coup.
Sa rapière siffla.
Il se retourna.
Des bruits de métaux s'entrechoquant lui rappelèrent que le combat n'était pas encore terminé.
Sonya était aux prises avec l'ambidextre qui était autrefois son allié.
Jeffrey s'élança.

Lance était à genoux, couverts d'entailles, désarmé.
"- Tuez moi, si vous ne le faites pas, ils le feront pour vous.
- Pas encore… commença Sonya. Dit nous d'abord où il est.
- De qui vous parlez ? demanda Lance
- J'ai vu le reflet d'une lame durant notre combat, vous n'étiez pas seuls" lâcha Sonya.
Lance sourit.
Merde
Sonya se jeta sur Jeffrey, le plaquant au sol.
Un couteau se planta dans le sable, là où était Jeffrey à peine quelques instants avant.
Sonya attrapa la lame, et la lança sur l'ancien lieutenant.
"- Au moins, il nous poignardera plus dans le dos. Souffla-t-elle.
- Merci." répondit Jeffrey.
Les yeux de Sonya se plongèrent dans ceux de Jeffrey.
Elle délia son masque, qui tomba sur le coté, dévoilant une cicatrice courant sur le bas de son visage.
Le sourire de l'ange.
Ils s'embrassèrent.
L'instant d'après, ils se relevaient.
Sonya serra son couteau de combat, Jeffrey sa rapière.
On crèvera pas cette nuit.
"- Je vois." dit-il.
Elle comprit.
Une dizaine de soldats les entourait.
Ils s'élancèrent.

Elle était dans le noir.
Ils étaient assis à l'arrière d'une camionnette, on était venu les chercher.
Il n'y avait pas de lumière, et les effets des Larmes de Lune s'estompaient.
Elle sortit sa fiole de Larmes de Lune, et s'en mit une goutte dans l’œil droit.
"- Pourquoi tu t'en remet ? Demanda Jeff.
- Bah les Larmes de Lune ne font plus trop effet. répondit-elle, déroutée par cette question
- Merde, t'as raison. J'ai pas vu d'affaiblissement des effets alors que ça fait plusieurs heures…
- T'en a bouffé une sale dose, c'est pour ça.
- Ouais, sans doute. Termina-t-il"
Et, tandis que l'adrénaline retombait, il sentit une douleur lancinante lui tirailler la jambe gauche.
Il se pencha pour examiner sa jambe.
Il saignait.
Mais ce n'était pas le problème.
"- Sonya, tu vois quoi là ? dit il, en pointant la blessure.
- Euh, tu saignes. répondit-elle, déconcertée.
- Oui, mais le sang, tu le vois bien rouge ?
- Oui, pourquoi ?"
Merde
"- Je le vois gris. Ah non, si je regarde avec mon œil droit, je vois un rouge très fade, mais je le vois gris avec l’œil gauche. reprit-il
- Merde, tu ne vois plus les couleurs ?
- On dirait que non, ça doit être temporaire…
- Euh, Jeff ?
- Oui ?
- Faut que je te dises un truc par rapport à tes yeux."

Jeff sortait de l'infirmerie.
Les mots du docteur tournaient en boucle dans sa tête.
- Vos yeux ont été altérés de manière permanente. Pour l’œil gauche, vous ne verrez plus jamais les couleurs, par contre, vous aurez une nyctalopie parfaite. Pour le droit, vous avez une nyctalopie légère, et les couleurs sont moins intenses, plus fades.
- Et mes yeux redeviendront normaux un jour ?
- J'ai bien peur que non, mais je ne peux pas garantir ça à 100%.
- Et mes iris ?
- Même problème, je suis vraiment désolé.
Il avait réussi à garder une contenance face au docteur, c'était déjà ça…
Il devait retrouver Sonya à la cafétéria pour la tenir au courant.

Il était seul, dans sa chambre.
Il n'arrivait pas à dormir.
Cette opération hantait son esprit.
Moon, Lance, Sonya, les agents, les soldats, les Larmes de Lune.
Moon, Lance, Sonya, les agents, les Larmes de Lune.
Moon, Lance, Sonya, les Larmes de Lune.
Moon, Sonya, les Larmes de Lune.
Sonya, les Larmes de Lune.
Sonya.
Sonya.
Il ne savait pas quoi penser.
Que signifiait leur baiser ?
Lui en voulait-t-elle pour l'opération ?
Allait-t-elle bien ?
Comment s'était-t-elle faite cette cicatrice ?
Une phrase lui revint, prononcée par Sonya lors de leur repas, une vingtaine de minutes de cela.
- Ce que je cache sous le masque, garde le pour toi s'il te plait.
- Ok.
Il avait remarqué cette mine triste lorsqu'elle avait parlé…
Il se leva de son lit.

Il était devant la porte de la chambre de Sonya.
Il entendait un léger bruit venant de l'intérieur.
Il hésita longuement, puis toqua.
"- Sonya, tu es réveillée ? C'est par rapport à ce qu'il s'est passé tout à l'heure."
Aucune réponse.
Il remarqua que la porte était ouverte.
"- Euh, je peux entrer ?"
Il poussa légèrement la porte.
La chambre était plongée dans le noir.
Il les entendait clairement maintenant.
Des sanglots, provenant du fond de la pièce.
"- J'entre."
Il ouvrit la porte, se faufila, et referma derrière lui.
Il balaya la pièce du regard.
Il la vit, les genoux remontés devant le visage, en boule sur son lit, le dos contre le mur.
Elle pleurait.
"- S'il te plait, ne me regarde pas." murmura-t-elle.
Il s'approcha doucement, silencieusement.
"- Je suis hideuse, et faible. Pitié, part." murmura-t-elle de nouveau.
Il était proche d'elle désormais.
Il lui releva doucement la tête.
Elle lui jeta un regard suppliant.
Il essuya tendrement ses larmes.
"- Ne dis pas ça, tu es radieuse." murmura-t-il doucement, tendrement.
Il l'embrassa.
Elle ne pleurait plus.
La souffrance, la peur, la tristesse, le désespoir…
Toutes ces émotions avaient été chassées par la passion.

Ils étaient réveillés.
Elle sentait son cœur qui battait si fort.
Il était 9h30.
Ils s’apprêtaient à sortir.
"- Je t'aime. murmura-t-elle
- Je t'aimerai toujours." lui répondit-il, la voix pleine de tendresse.
Il caressa son visage, et ils sortirent.
Elle savait ce qu'il allait se passer.
Ils se dirigèrent vers le centre des opérations, là d'où provenaient tous les ordres.
Ils marchaient, déterminés, silencieux, le visage dur.
Il avait mis des lunettes de soleil pour cacher ses yeux, l'effet de surprise est un avantage certain.

Ils y étaient.
Ils étaient seuls avec le coordinateur général des opérations.
Un binoclard haut placé qui transmet des ordres.
Ce fut ce même binoclard qui démarra la conversation.
"- Bonjour, bien dormi ?"
Sonya était en retrait, ils avaient planifié le déroulement de cette entrevue.
Ce fut Jeffrey qui répondit.
"- Je ne vais pas y aller par quatre chemins, vous savez sûrement pourquoi on est là.
- C'est par rapport à l'opération de hier ? Je sais que ça doit être dur pour vous, mais vous savez, ce n'est pas notre faute si des traîtres ont fait échouer la mission.
- Je savais que vous diriez ça. Et je sais que ce n'est pas votre faute à vous.
- Que me voulez-vous dans ce cas ?
- Ce qu'il s'est passé cette nuit, c'est la faute du système tout entier.
- Le système entier ?
- Oui. Et ce que je veux, je vais vous le dire…"
Il enleva les lunettes de soleil et les écrasa au sol, dévoilant deux iris argentés.
Il fixa son interlocuteur dans les yeux.
"- Premièrement, l'EIT NightWatch est encore opérationnelle. On reforme une équipe, et on reprend du service. Deuxièmement, NightWatch va fonctionner un peu différemment par rapport aux autres EIT : on est indépendants, on ne reçoit plus d'ordres, plus de procédures, on nous dit juste ce que l'on attend de nous, et on le fait à notre manière. Et troisièmement, on recrute à notre façon, plus d'assignations, c'est nous qui désignons les potentielles recrues."
Son interlocuteur, d'abord déstabilisé par le regard de Jeffrey, se mit à rire.
"- Vous croyez qu'un simple agent comme vous peut arriver, et imposer ses règles comme ça, au système ? Mais vous vous prenez pour qui ?"
Jeffrey ouvrit un sac qu'il avait apporté, et en sortit une rapière, qu'il planta dans le bureau du coordinateur, puis sortit un couteau de lancer, qu'il planta à coté, puis une machette, puis un autre couteau de lancer…
À la fin, la surface du bureau était recouverte d'armes blanches de tous genres, plantées solidement dans le bois.
Puis, il sortit un Five SeveN, qu'il démonta rapidement, puis balança par terre les différents morceaux, puis un UZI, puis un fusil d'assaut…
Le bureau était recouvert d'armes blanches, certaines avaient une lame noire.
Le sol était jonché de pièces détachées d'armes à feu.
Le point commun entre toutes ces armes était qu'elles étaient tachées de sang, et qu'elles provenaient de l'opération de la nuit.
Il sortit sa rapière personnelle, et la pointa vers le coordinateur.
"- Un simple agent vous dites ? Ces armes, nous les avons arrachées à nos ennemis, armé d'une rapière pour ma part, et d'un couteau de combat dans le cas de Sonya. Donc, et je ne me répéterai pas : maintenant, les ordres, c'est terminé. On nous donne une cible, et on fait notre travail. Pour le reste, on s'en charge, contentez vous de nous transmettre ce qu'on vous demande, et on ne reviendra pas. Et faite en sorte que le message circule, je veux que ce qu'il s'est passé cette nuit, et ce qu'est devenu NightWatch se sache, je veux que tout le monde soit au courant, du Commandement Alpha à la dernière recrue arrivée il y a trois jours."
Ils allaient quitter la pièce, quand Jeffrey lança :
"- Refuser n'est pas une option."
Il ferma la porte.
Il se tourna vers Sonya, délia doucement son masque.
"- On va avoir du boulot, je peux compter sur toi ? murmura-t-il.
- Toujours." dit-elle
Ils s'embrassèrent.

notation: 0+x

Une opération de routine.
Attaquer un Site quelconque de la Fondation pour y foutre le bordel en butant les gens importants.
Le réel but de l'opération était de récupérer une anomalie inconnue.
Ils doivent avoir beaucoup d'espoir pour nous envoyer chercher un truc sur lequel on a aucune info.
C'était justement là que se trouvait la raison et le problème de cette opération.
La raison, car si aucune information ne nous était parvenue, c'est que le truc devait être vraiment classifié, et le problème, car on avait aucune idée de ce qui allait nous tomber sur le coin de la gueule.
Donc, une opération en terrain inconnu.
C'est pour ça qu'on avait envoyé NightWatch.
Pour le Haut Commandement, une EIT hasardeuse était la mieux placée pour mener à bien une opération hasardeuse, et même si NightWatch était loin d'être hasardeuse, il fallait avouer que le passé avait montré que la capacité d'adaptation et d'improvisation de NightWatch avait sauvé bon nombre d'opérations ayant l'air de tourner au fiasco.
C'était une opération assez simple : pendant que les autres éliminaient les gardes et désactivaient les alarmes, Jeffrey et Sonya devaient récupérer l'anomalie dans son container provisoire de transit utilisé par la Fondation pour garder ce genre de trucs un minimum confinés durant les déplacements.
Le peu qu'ils savaient : c'était un tableau, et il ne fallait pas le regarder.
Un jeu d'enfant.

Il faisait nuit, comme d'habitude.
Pas un bruit, comme d'habitude.
Ils y étaient. Face à eux, une porte déverrouillée, donnant sur une pièce faiblement éclairée.
Ils poussèrent doucement les portes, et se glissèrent dans la salle.
Au moment d'entrer, ils aperçurent une silhouette peinte sur le tableau.
Quand on est un agent, on développe des réflexes quand on est sur le terrain.
Quand on est un agent de NightWatch, l'un des premiers réflexes est de regarder les yeux de l'adversaire.
Cela permet de savoir si l'adversaire a une vue normale ou non, et donc, savoir si l'on est avantagé par la nuit.
Même pour un tableau, cet automatisme restait présent.
Ils ont regardé les yeux, un instant, avant de se souvenir des instructions, et de fermer les yeux, puis de se détourner afin de placer l'anomalie hors de leur champ de vision.
Un instant.
Moins d'une seconde.
Quelque chose d'infime, de négligeable la plupart du temps même.
Mais pas ici.
Jeffrey se tourna vers Sonya, leva le bras et voulu signer.
Rien.
Il n'y arrivait pas.
Il n'y arrivait plus.
Il ouvrit la bouche.
Rien.
En face, il voyait Sonya dans la même situation que lui.
Ils n'arrivaient plus à parler, que ce soit oralement, ou dans une langue des signes codée quelconque.
Ils étaient comme isolés.
Jeffrey avait déjà vécu cette sensation désagréable.
Ce douloureux ressenti lorsque l'on était privé de l'un de ses sens les plus élémentaires.
Lorsque l'un de vos plus précieux appuis vous était enlevé, c'était comme un vide qui se créait en vous, vous vous sentiez faible, impuissant, comme si tout ne reposait que là-dessus.
Inutile, forcé à être inactif.
Réduit au silence.
Il l'avait déjà vécu.
Sonya commençait à paniquer.
Il ne fallait pas qu'ils perdent leurs moyens, ou toute l'opération était foutue, et ils y passeraient.
Il s'approchait d'elle tandis que des larmes commençaient à perler à ses yeux.
La première larme coula, tandis que le désespoir se lisait sur le visage de Sonya.
Il tendit doucement le bras, et essuya tendrement la larme.
Il plongea son regard dans celui de Sonya.
Calme.
Il fut surpris.
Il avait parlé ?
Il lui semblait lire des émotions dans le regard de Sonya, comme si il s'agissait de mots sur un livre.
Peur.
Non, il ne fallait pas qu'elle se laisse submerger par la peur.
Il s'approcha d'elle, et ils s'enlacèrent.
Elle plongea son regard dans ses yeux.
Vide. Désespoir. Incompréhension. Manque.
Il fallait qu'elle se calme.
Amour.
Il espérait que cela suffirait, car ils devaient se dépêcher.
Elle avait compris elle aussi.
Amour.
Parfait, elle était concentrée.
Maintenant, il fallait lui dire qu'il fallait terminer l'opération.
Espoir.
Elle hocha la tête.
Ils se relevèrent.
Ils avaient pris un tube noir pour transporter la peinture.
Ils roulèrent le tableau avec la peinture tournée vers l'extérieur, puis glissèrent la toile dans le tube.
Ils allaient sortir, quand ils entendirent du bruit provenant du couloir.
Une dizaine de gardes déboulèrent dans la pièce, criant.
Ce qu'ils disaient était un mystère, on aurait dit une langue inconnue, inédite. Il avait l'impression de n'avoir jamais rien entendu de tel de sa vie.
"- Rendez le skip et déposez les armes, et vous serez épargnés !"
Il se demandait bien ce que cela pouvait vouloir dire, mais bon, pas le temps.
Des fusils étaient braqués sur eux de toutes parts.
Il accrocha le tube à sa ceinture.
L'équipe 2, si elle avait fait son travail, devrait plus tarder à couper l'électricité du générateur de secours.
Il plongea son regard dans celui de Sonya.
Grâce. Harmonie.
Petit à petit, les émotions redevenaient des mots.
Elle lui répondit.
Chant.
Elle avait compris.
Les mots leurs revenaient.
Ils se jetèrent un dernier regard.
Valse.
Un déclic se fit entendre.
Il espérait que la lumière était éteinte, et que le site était plongé dans le noir, car sinon, ils étaient morts.
Sonya semblait prête.
Sa posture lui confirma ce qu'il pensait.
Il était temps pour les ténèbres d'envahir ce lieu.
Ils s'élancèrent.
C'était comme une danse, une chorégraphie.
Chaque mouvement semblait parfaitement calculé, bien que ce ne soit pas le cas.
Elle frappait, s'écartait pour laisser passer son estoc, puis revenait à la charge.
Dans la lumière, Sonya et Jeffrey étaient de bons combattants pris à part, d'excellents combattants en duo.
Dans les ténèbres, pris à part, Sonya et Jeffrey étaient des machines à tuer, impossible à arrêter, rendant la mort inexorable.
L'ombre dominait les lieux, leur union dominait le combat.
Deux anges de la mort se déchaînaient sur leurs adversaires.
Ils ne pouvaient plus parler, mais le chant des lames, lui, ne cesserait jamais.

Ils étaient à l'arrière d'une camionnette les ramenant à la Base-02.
Cela faisait presque trois heures qu'ils n'avaient rien dit.
Ils étaient côte à côte, collés l'un à l'autre.
"- Ça va aller, tu vas voir." chuchota-t-elle doucement.
Ils sursautèrent.
"- J'ai… Je… Ça y est, je peux parler de nouveau !" S'exclama-t-elle
Il plongea son regard dans ses yeux.
Rien.
Elle hocha lentement la tête, tandis qu'une larme perlait au coin de son œil droit.
"- J'ai… J'ai vraiment cru que ce serait pour toujours…" Murmura-t-elle, en commençant à sangloter.
Il enlaça Sonya, dont la tête alla se loger le creux de son cou.
"- J'ai eu tellement peur… J'ai cru que je pourrais plus jamais parler… Je t'aime…" Chuchotait elle
Il serrait Sonya contre lui, se retenant de pleurer.
Elle s'éloigna un peu, et regarda ses yeux.
Peur. Attente. Amour.
- Je t'aime, tu vas voir, ça va revenir pour toi aussi.

Ils eurent touts deux un sursaut de surprise.
"- J'ai récupéré les mots, mais j'ai pas perdu les effets du regard…" Avança-t-elle
Elle replongea dans le regard de Jeff.
- Tu vas t'en sortir, c'est sûr.
Espoir, Attente. Amour.

Ils s'embrassèrent, agrippant l'un à l'autre comme si leurs vies en dépendaient.
Ils n'étaient pas prêts de se lâcher.

Il avait fallu huit heures pour que Jeff puisse reparler.
Ces huit heures d'attente étaient passées plutôt vite en réalité.
Ils n'avaient pas dormi, et Jeff, bien qu'ayant récupéré la parole, avait du mal avec l'écriture.
Donc, ils avaient décidé d'aller faire le rapport directement à Rives.
Ils n'avaient pas préparé cette entrevue, ils n'avaient plus besoin de préparer quoi que ce soit.

Ce fut Sonya qui entra la première.
"- Je ne pensais pas revoir NightWatch dans ce bureau si rapidement. Commença Matt.
- Jeffrey a un peu de mal avec les mots depuis l'opération de cette nuit. Répondit Sonya.
- Ce foutu tableau modifie complètement la manière que vous avez de communiquer. Dit Jeff, feignant la difficulté de s'exprimer.
- Je… Désolé, si c'est ce que vous êtes venu réclamer, nous ne savions rien. Se défendit Rives, une pointe de peur dans la voix
- Non, vous pouvez parler librement, nous ne sommes pas ici avec de mauvaises intentions, nous devons faire un rapport, et écrire est compliqué pour l'instant. Dit calmement Sonya.
- D'accord, je vous comprends, allez-y, je vous écoute. Je peux enregistrer ? Demanda-t-il en désignant un magnétophone sur son bureau.
- Ça risque d'être compliqué… Commença Jeff.
- Pardon ? Questionna Rives.
- Arrêtez de détourner le regard, regardez moi dans les yeux." Déclara Jeff fermement.
Rives inspira longuement, puis regarda Jeff dans les yeux.
Comme il s'y attendait, un vide résidait dans ce regard éternellement argenté.
Cependant, une voix résonnait maintenant dans sa tête.
- Vous aurez du mal à enregistrer ça… Commença Jeff
Comme il s'y attendait, Jeff n'obtint pas de réponse claire, seulement une vague d'incompréhension.
- Calmez vous un peu, et laisser moi m'exprimer. Donc, ce que je disais, c'est que cet objet modifie de manière inconnue votre manière de communiquer, mais bon, ça, vous devriez l'avoir compris.
Le binoclard recula sous l'effet de la surprise, et détourna le regard.
"- Un instant s'il vous plait…" Souffla-t-il.
Il cherchait une accroche, un point de repère.
Il tourna la tête vers Sonya.
"- C'est pareil pour moi, désolée…"
Il commençait à paniquer, et cela se voyait.
Il avait beau détester le binoclard, Jeff n'aimait pas la tournure que prenaient les événements.
Il fallait calmer le jeu.
"- Nous ne sommes pas venus pour un règlement de comptes. Je tiens mes promesses, et tant que vous restez à l'écart des affaires de NightWatch, nous n'auront aucune raison de vous vouloir du mal. Nous sommes juste ici pour faire notre rapport. Lança Sonya.
- Un agent de NightWatch est mort, et l'opération est un succès, l'objet a été remis aux scientifiques. Continua Jeff.
- D-D'accord… Vo-Vous voulez autre chose ? Bégaya Rives.
- Non, c'est tout." Termina Jeff.
Il plongea son regard dans celui de Matt.
- Ironique, n'est-ce pas ? Avec ce regard condamné à être inexpressif, je peux en dire plus en un instant qu'avec des mots en une éternité. Reste à déterminer l'usage que j'en ferai.

notation: 0+x

Ça puait la pisse et la saleté.
Abigail était une étudiante normale, enfin c'est ce que tous croyaient, elle y compris.
"Normale" était un bien grand mot qui semblait peu adapté à cette fille sans gêne, dont le visage pouvait passer du sourire enfantin au rictus le plus effrayant qui soit en un clin d'œil.
Elle était "particulière".
Elle le savait, elle n'avait jamais réussi à s'intégrer.
Les nombreux psychologues qu'elle avait vus lui disaient que ça passerait avec le temps, qu'elle redeviendrait normale.
Mais elle était convaincue qu'elle était normale, et elle n'éprouvait aucune honte à être de ces enfants qualifiés de "HPI", de zèbres, de surdoués…
Les surnoms étaient foule, et allaient du valorisant au dégradant.
Elle se fichait de pas être ce que les autres voulaient qu'elle soit.
Elle était heureuse comme ça.
Elle avait peu d'amis, pour ne pas dire aucun, mais cela ne la dérangeait pas plus que ça.
Si ils ne voulaient pas d'elle, elle ne se mettrait pas à genoux pour eux.
Elle était dans un bus de nuit la ramenant chez elle.
Elle vivait seule, ses parents avaient coupé les ponts le plus rapidement possible dès qu'elle avait eu 18 ans.
Ça aussi elle s'en fichait : si ses parents ne sont pas assez ouverts pour comprendre que la vie de leur fille avait plus d'importance que l'avis du voisin qui trouvait que cette même fille était bizarre, ça ne valait pas la peine qu'elle se batte pour eux.
Elle écoutait de la musique, assise au fond du bus.
Elle n'entendait pas les gens autour, et tant mieux.
La musique s'arrêta, la playlist était terminée.
Elle sortit le téléphone de sa poche pour lancer une autre playlist quand le bus sauta.
Son téléphone lui glissa des mains, et tomba par terre.
Foutu dos d'âne.
Il était aux pieds d'un mec bizarre avec un long manteau gris.
Elle se leva pour aller le ramasser, espérant qu'il ne soit pas cassé.
L'homme vit le téléphone, et se baissa pour le récupérer.
Il lui tendit le téléphone, et c'est alors qu'elle le vit.
Sous le manteau.
Un flingue.
Elle récupéra son téléphone, et retourna à sa place.
Elle réfléchissait à toute allure.
Un flic sous couverture ? Un terroriste ?
Elle ne savait pas quoi en penser, mais une chose était sûre, il fallait qu'elle quitte ce bus le plus vite possible.
Elle se levait quand elle vit l'homme trifouiller dans son manteau.
Il fit un hochement de tête à l'attention d'un autre mec en gris debout un peu plus loin.
Elle ne pouvait pas fuir.
Y'a que dans les films que ça marche de jouer les héros.
Elle vit celui qui lui avait rendu son téléphone commencer à sortir lentement le bras, tandis que le deuxième se tournait vers une jeune fille assise à l'avant du bus.
Un troisième homme, habillé d'une doudoune bleu foncé, s'agitait, assis un peu plus loin, dos à elle.
Elle vit, sur la ceinture de l'homme en bleu, un autre flingue.
Elle sortir le canif qu'elle avait toujours dans son sac, et s'approchait lentement de l'homme en bleu, quand celui qui lui avait rendu son téléphone sorti le bras de son manteau, et cria :
"- Que personne ne bouge, si vous ne faites pas chier, vous vivrez !"
Elle posa son couteau contre la gorge de l'homme en bleu.
C'est alors qu'une masse noire sortie de nulle part se jeta sur l'homme le plus proche de la fille, tandis que l'homme au flingue tombait à terre, un couteau noir dans la gorge, et que l'homme en bleu se levait d'un coup de son siège pour esquiver le couteau qui volait en sa direction.
Manque de chance pour lui, Aby avait posé son canif sous sa gorge.
Il s'était ouvert la gorge en voulant éviter le couteau.
La masse noire ne bougeait plus, il s'agissait d'un homme, plutôt grand.
Le bus s'était arrêté.
L'homme en noir avait récupéré le couteau dans la gorge du mec au flingue, et s'était dirigé vers l'homme en bleu.
"- Pas mal le coup dans la gorge, c'est quoi ton nom ? Lui demanda-t-il.
- Euh… Abigail Maevah, pourquoi ?
- Rien rien."
Il récupéra le couteau qui était venu se loger dans le siège.
De légères volutes argentées s'élevaient de ses yeux.
"- Il se passe quoi avec vos yeux ? Demanda-t-elle timidement.
- C'est rien, ils ont perdu leur couleur à cause d'un produit chimique il y a longtemps. Répondit-il.
- Non, je veux dire, ils fument un peu, non ?
- Normalement non.
- Je vous jure que je vois de la fumée."
Il tourna la tête, et elle regarda directement ses yeux.
Elle voyait clairement de légères volutes s'échapper des yeux de cette homme.
Une sensation de gêne la tiraillait, mais elle ne savait pas pourquoi.
Elle se sentait transpercée, comme si on lisait en elle.
Incompréhension. Peur.
- Seule donc… Tu n'as vraiment nulle part où aller ?

Son sang se glaça.
Elle était figée sur place, paralysée par ce qui venait de se passer.
- Je l'ai vraiment entendu parler dans ma tête ?
- Oui.
- Putain il se passe quoi ? Peur. Panique. Incompréhension. Danger. Fuir. Courir.
- Calme toi, et répond à ma question. Tu n'as nul part où aller ?
- PUTAIN SORTEZ DE MA TÊTE !
- Je ne suis pas très patient, réponds.
- Vous êtes qui ? Ou quoi bordel ?!

C'est alors qu'elle vit, dans sa tête, se graver des images de souvenirs qu'elle n'avait jamais vécu.
La nuit. Des hurlements. Du sang. Du vide. Noir. Rien. Une lueur. Un sourire. Une lame. Un ami. Un ennemi.
Elle tituba, tandis qu'il l'attrapait, et l'asseyait sur un siège.
Il s'assit en face d'elle, et replongea son regard dans le sien.
Peur. Peur. Peur. Incompréhension.
- Tu es calmée ?
- J-Je… Oui.
- Bien. Tu peux répondre à ma question ?
- Oui, je suis seule, personne ne m'attend chez moi, personne ne m'attend nulle part en fait.

Il sortit de sa poche un objet doré.
Un médaillon peut-être.
Il lui tendit.
C'était un monocle.
"- Là, tu vois quoi ? Reprit-il.
- Un monocle.
- Pas de fumée ?
- Si."
Elle ne comprenait plus rien. Quel était le lien entre la fumée et un monocle ?
Elle leva la tête, elle savait où trouver la réponse.
- C'était quoi tout à l'heure ?
- Des gens voulaient tuer la jeune fille là-bas, mon boulot était de la protéger.
- Pas ça, je veux dire, les images qui défilent dans ma tête.
- C'est le passé. Ça calme de se bouffer une vague de souvenirs marquants, non ?
- Bordel, vous avez vécu quoi ?
- Tu n'as pas à le savoir. Je vais te poser deux questions.
- Quoi ?
- Tu n'as pas choisi d'être seule, mais est-ce que tu veux être seule ?
- Je m'en fiche, si les autres ne veulent pas de moi, tant pis pour eux.
- Donc tu attends que quelqu'un vienne vers toi. Le problème, c'est que les gens sont égoïstes, et si tu ne fais pas le premier pas, tu risques de rater l'occasion de rencontrer des personnes remarquables.
- Je me fiche d'eux si ils ne sont pas capable de prêter attention aux autres.

L'homme en face sourit.
- Tu sais, tu as une particularité intéressante.
- Une particularité ?
- Tes yeux.
- Hein ?
- Je peux t'offrir ce que tu cherches.
- Comment ça ?
- Je peux t'offrir une famille, je peux t'offrir un refuge, un endroit où tu serais à ta place.
- Pardon ?
- Un lieu qui te permettrait d'être ce que tu veux réellement être. Je peux t'offrir la liberté.
- Je suis déjà libre !
- Si pour toi, être renfermée sur toi même en attendant que quelqu'un ose t'approcher et faire connaissance, et vivre seule, c'est être libre, peut-être. Mais tu n'avanceras jamais bloquée comme ça.
- Je ne vois pas où vous voulez en venir.
- Des mots ne peuvent pas expliquer ça.

Elle vit alors.
Ils sont plusieurs, une vingtaine.
Ils s'amusent, rigolent.
On dirait une famille.
Ils ne se jugent pas, certains sont habillés de manière étrange, d'autres se comportent bizarrement.
Mais rien n'est sujet à rejet, ils ne font pas de leurs différences une faiblesse.
D'un coup, la jalousie la prit à la gorge.
L'homme en noir embrassait une fille étrange avec une cicatrice sur la bouche.
Pourquoi étaient-ils tous heureux ?
Pourquoi avaient-ils réussi à trouver l'amour, l'amitié, un endroit où ils se sentaient chez eux, des gens sur qui compter, et qui comptaient sur eux, la joie ?
Pourquoi ils y arrivaient et elle non ?
- Je te l'avais dit : Tu n'es pas heureuse dans ton quotidien.
- Je…
- Tu n'as pas à rester seule. Tu peux les rejoindre. Tu peux nous rejoindre. Tu seras appréciée pour ce que tu es, et non pas pour ce que les autres veulent que tu sois. Je peux t'offrir tout cela.
- C'est vrai ?
- Je vais te poser la dernière question.
- Allez-y.
- Oseras-tu entrer dans les ténèbres ?

Elle réfléchit.
L'adrénaline retomba, et elle réalisa ce qu'il venait de se passer.
Tout ce qu'elle avait vécu ce soir.
Elle avait tué un homme.
Sa vie avait changé, quoi qu'elle réponde, elle avait changé.
De toute façon, elle n'avait rien à perdre, et les mots de cet homme résonnaient encore dans sa tête.
Ces gens heureux, qui s'assument, qui se fichent des regards malveillants des autres.
Elle voulait y croire.
Elle devait y croire.
Elle avait fait son choix.
Elle allait s'accrocher aux mots de cet homme, s'accrocher à cette idée.
Elle releva la tête.
- Oui.
Il tendit la main vers elle, qu'elle saisit.
"- Abigail Maevah.
- Commandant Jeffrey Lightning, mais tu peux dire Jeff."
Il se leva, et alla voir le chauffeur, qu'il avait assommé après que le bus fut arrêté.
La jeune fille aussi était endormie.
Elle le suivait de près tandis qu'il sortait du bus.
"- Et le chauffeur ? Et la fille ?
- Ce n'est plus à nous de nous en occuper."
Elle sentit quelque chose dans la poche de son jean.
Elle plongea la main dans son jean, et en ressortit un petit monocle doré.
"- Tu peux le garder, considère ça comme un cadeau de bienvenue.
- Merci. Par contre, on va où ?"
Il pointa une camionnette au coin de la rue.
"- On rentre, les autres nous attendent."
Son coeur battait la chamade.
Elle plongeait dans l'inconnu.
Littéralement.
Elle abandonnait son ancienne vie derrière elle, définitivement, mais elle n'avait plus peur, car elle n'était plus seule.
Jeff écrivait en marchant.
Il plaça le papier sur lequel il écrivait dans une enveloppe noire, qu'il ferma.
Il lui tendit.
"- Tu en auras besoin. C'est l'autorisation pour participer au recrutement."
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Enfin.
La réussite qu'il attendait depuis tant de temps lui ouvrait enfin les bras.
Enfin, ouvrir les bras…
Il lui avait brisé les épaules, les coudes et tous les os des bras pour la forcer à l'enlacer, mais seul le résultat comptait, non ?
Il posa ses rangers encore couvertes du sang des soldats morts dans la nuit sur le bureau face à lui.
Ce bureau, et le poste auquel il était rattaché, étaient maintenant siens, après tant d'épreuves.
Il sourit, et repassa dans sa tête son chemin vers le triomphe.

D'abord, il lui avait fallu passer lieutenant de son unité.
Son talent dans le maniement d'armes légères n'avait pas été de trop.
Il lui avait fallu 9 mois après son arrivée le jour de ses 21 ans pour atteindre ce grade.
Ensuite, il avait doublé ses armes, et avait toujours deux mitraillettes de poing ou deux pistolets dans les mains, et il avait dû lécher les bottes de ce foutu commandant avec ses idéaux de paix pour passer général.
Une semaine avant ses 23 ans, il était général, après que le précédent troisième général se soit fait tuer sur le champ de bataille, d'une "balle perdue".
Tuer le second général s'était révélé être chose aisée : peu de temps après la mort du troisième général, il était dans l'équipe de protection du second général.
Résultat, un mort de la main de l'ennemi en pleine bataille.
Le premier général se méfiait, la mort de ses deux subordonnés en moins d'un mois était pour le moins suspecte, mais celui-là, il était mort de lui même en marchant sur une mine ennemie qui n'avait malencontreusement pas été repérée lors du balayage préliminaire du terrain.
En deux mois, il avait éliminé ceux qui lui bloquaient la route, et il était aux portes du commandement.

Son subordonné direct, qui était donc à ce moment là second général, ça avait été à lui de le nommer, tout comme pour le troisième général.
Son frère d'abord : cet abruti était pas le plus utile, mais aucune trahison de sa part n'était possible, il était trop fidèle.
Et le troisième général, qui de mieux que sa fiancée ?
Le dernier obstacle qui se dressait face à lui était le commandant.
Ce bougre était assez naïf, mais semblait increvable.
Pendant des mois, il avait tenté en vain la méthode discrète.
Au bout de presque deux ans, il a décidé d'y aller plus simplement.
Le jour des ses 25 ans, une bataille était prévue, dans laquelle il était derrière le commandant.
Même là, cet enfoiré semblait être touché par la grâce divine : aucune balle ne le touchait !
Il avait dû vider un chargeur entier en visant de manière tout sauf discrète, mais ils étaient loin des autres, et il a eu de la chance.

Résultat, un nouveau commandant était à la tête de CaC : lui.
Cependant, un goût amer lui restait en bouche…
Cette bataille lui avait donné ce qu'il désirait le plus : le triomphe, mais en échange, elle lui avait pris ce qu'il avait de plus cher : sa fiancée.
Il était maintenant seul, lui qui avait voulu pendant tant d'années savourer le pouvoir aux côtés de la femme qu'il aime, il se retrouvait seul.

Et comble de la chose : son idiot de frère avait eu pour charge de nommer celui qui deviendrait le second commandant de CaC, et il avait choisi une faible bonne qu'à rabâcher de belles paroles.
Général Line Nita, se fait aussi appeler Dame Line, lieutenant de l'unité de récupération humaine.
Cette unité se chargeait de ramener les blessés et de faire des prisonniers.
Une faible qui n'avait, en 9 ans, fait que 23 morts.
Il fallait qu'il se charge de lui montrer la réalité.
En plus, elle ressemblait atrocement à sa défunte fiancée, il fallait aussi corriger ce problème.
Pour contrebalancer, il avait choisi lui-même le troisième général, un jeune dont la bonne humeur n'est pas une des qualités, mais qui avait l'alléchante particularité d'être excité par la vue du sang, qui réveille en lui un monstre assoiffé de sang et de mort.
La haine était le véritable moteur de cet homme, qui pouvait devenir un atout en cas de besoin.

Son nouveau commandement allait commencer.
Il fallait une mesure dont tous se souviendraient pour marquer le coup.
Il pensa à la masse de faibles, et aux quelques forts qui s'y cachaient.
Il fallait que CaC revoit sa manière de faire.
Au lieu de déguiser les faibles avec un entrainement inutile, car un faible reste faible, il fallait supprimer le surplus de déchets, et ne garder que ceux qui avaient survécu.
Il avait trouvé : laisser crever les faibles.
Fini les stratégies pour optimiser les frappes, on allait juste envoyer une masse d'agents, et ceux qui survivraient sont ceux qui étaient moins faibles que les autres.

Les forts allaient de nouveau pouvoir écraser les faibles en toute impunité, et l'ordre naturel des choses serait enfin rétabli.

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Ça faisait deux ans maintenant.
Il m'a pas manqué ce binoclard.
Il devait faire remettre le rapport d'activité annuel de NightWatch au coordinateur général des opérations.
Il devait aussi lui donner celui de l'année passée.
C'était les raisons officielles de sa venue.
En réalité, s'il était là, c'était parce qu’il trouvait que le coordinateur commençait à prendre la confiance vis à vis de NightWatch, et il n'aimait pas ça.
Je vais lui rappeler que la haine ne s'efface pas aussi facilement.

Il entra.
Le coordinateur n'avait pas beaucoup changé.
Il avait un peu vieilli, mais ça ne se voyait pas vraiment.
Dans le fond de la pièce, deux gardes, armés.
Il a peur.
"- Bonjour, ça fait longtemps. Nouveau bureau ?" commença Lightning.
- Oui, et vous avez un an de retard sur le bilan des activités.
- Je viens vous donner les deux en même temps, moins je vous vois, mieux je me porte.
- Très bien, posez-les là."
Jeffrey posait deux dossiers sur la pile que le coordinateur lui avait montrée.
Il réfléchit rapidement.
Un sourire se dessina sur ses lèvres.
"- Il y a une autre raison à ma venue. reprit-il.
- De quoi s'agit-il ? demanda le binoclard, se redressant sur son fauteuil, tremblant légèrement.
- J'ai une question, vous ne faites que transmettre les ordres, c'est bien ça ?
- Euh, oui pourquoi ?
- Avez-vous reçu des ordres à mon sujet ?
- Aucun
- Très bien."
Il s'adressa aux gardes au fond de la pièce.
"- Il n'a aucun ordre à vous transmettre à mon sujet, et il n'a pas les autorisations pour vous en donner. Moi en revanche, je vous ordonne de ne pas réagir, quoi qu'il se passe dans ce bureau."
Il sourit au coordinateur.
"- Bien tenté, mais on ne m'intimide pas comme ça. Je hais les procédures, mais j'en connais les moindres failles. Donc, maintenant, on peut discuter sérieusement."
Jeffrey sortit sa rapière.
"- Je trouve que vous prenez la confiance un peu trop vite. Je viens juste rappeler à votre bon souvenir que je suis toujours vivant, et que si vous prenez la confiance, vous ne le serez plus pour longtemps. Donc je vous propose une chose très simple : foutez nous la paix. Ne faites rien pour ou contre NightWatch, et je ne reviendrai pas. Si je reviens, je ferai plus que pointer cette rapière sur vous."
Il rangea sa rapière.
"- N'oubliez pas, NightWatch n'a subit aucune défaite, et je suis plus utile que vous ici. Nous ne jouons pas au même niveau, donc ne vous croyez pas fort, vous ne l'êtes pas."
Il ouvrit la porte.
"- Au plaisir de ne jamais vous revoir, Binoclard." termina-t-il.
Voilà pourquoi il détestait les procédures et les ordres : c'était si simple de faire jouer les failles en votre faveur que le système entier n'avait plus aucun sens.
Si cela lui avait fait plaisir de menacer le coordinateur en chef ?
Des fois, pour faire le bien, tu dois être le méchant.
Il fallait que ça soit fait, on se fichait de savoir si c'était juste ou pas.

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- Bonjour, ou plutôt bonsoir, vu l'heure qu'il est …
Vous me connaissez sans doute de nom, de réputation, peut-être de visage, mais vous ne savez rien de plus sur moi, tandis que je sais tout sur vous.
Déjà, je tenais à vous féliciter, car vous faites partie des agents sélectionnés pour avoir l'immense honneur d'être assis dans cette salle, sur ces chaises, dans le noir à deux heures du matin.
Donc, même si la plupart d'entre vous doivent faire les faux modestes sur ce point, vous êtes tous très talentueux, que ce soit au combat, en infiltration, en stratégie … votre palmarès, votre acharnement, votre entrainement parlent pour vous : vous êtes forts, disciplinés, efficaces, bref, de parfaits petits soldats.
Bravo, vous êtes les meilleurs pour suivre des ordres, et en cela, vous n'arrivez pas à la cheville du moins compétent de mes hommes.
Vous l'avez sûrement compris, NightWatch n'est pas n'importe quelle EIT, nous ne sommes pas des toutous surentraînés pour faire ce que nos maîtres nous disent.
Si vous receviez l'ordre d'aboyer, vous le feriez sur le champ, sans réfléchir.
Une phrase nous est attribuée assez souvent, et elle est vraie : "pas d'ordres de missions, juste une cible et un délai".
Vous comprenez, on ne nous donne pas de consignes, nous ne suivons pas de procédures, on nous désigne juste un objectif, et on fait notre travail.
Nous faisons les choses à notre manière, par exemple, si je vous disais que j'ai une rapière à la main, dégainée, et que si je le voulais, je pourrais tous vous tuer.
Je n'ai rien contre vous, mais vous savez, les ordres sont les ordres, et je n'en reçois pas, je vous tuerais volontairement, et cela n'aurait aucune conséquence, je pourrais vous tuer volontairement juste pour vous montrer que votre mort n'aurait aucune conséquence.
Vous pourriez protester, me dire que vous auriez vu ma lame depuis longtemps …
Et je vous répondrai que tous les membres de NightWatch possèdent une arme personnelle unique, d'un métal noir, ne produisant aucun reflet.
Et vous me diriez qu'il fait noir, et que vous tuer sans rater mon coup serait à la limite du miracle.
Et je vous répondrais que les Larmes de Lune m'ont rendu nyctalope de manière permanente, et que je vous vois tous parfaitement.
Vous m'avez compris, NightWatch n'est pas une EIT comme les autres…
D'ailleurs, un couteau peut être trouvé dans chaque point stratégique de la base.
Base qui, au passage, a été vidée de ses employés juste pour notre entrevue…
Vous savez, NightWatch opère souvent dans les ténèbres, et dès que le vrai entretien commencera, la base entière sera plongée dans le noir…
Et la personne assise sur la table au fond de la salle est ma seconde.

- Ceux qui seront encore vivant pour voir l'aurore rejoindront NightWatch…

- J'ai décidé qu'au bout de 30 minutes, je viendrai vous chercher. j'ai décidé de vous donner trente minutes. Hélas, elle, elle est moins patiente que moi…

- …Vous avez trente secondes… Top !
notation: 0+x


Les lumières s'étaient éteintes.
La base entière était plongée dans le noir, mais pas dans le silence.
Il les entendait courir…
"-Vous avez 30 secondes… Top !"
À l'instant où cette phrase était terminée, le site entier avait sombré dans les ténèbres.
Ils s'étaient tous précipités hors de la salle : ils savaient où trouver des armes, ils étaient prêts à se battre…
La nuit promettait d'être longue pour les plus chanceux…
Il lança un regard à la femme assise au fond.
Elle hocha la tête.
Elle empoigna un couteau à la lame noire, sans reflets.
NightWatch, cette EIT aux méthodes si singulières…
La femme se passa une barrette dans les cheveux, dévoilant son œil droit, jusque là caché par une mèche noire aux pointes bleutées…
Il lui tendit son Five-seveN, elle allait en avoir besoin…
Elle bougea rapidement les doigts de la main droite, les pliants et les dépliants…
Il lui répondit d'un simple mouvement de doigt :
4 mouvements du majeur,
4 de l'annulaire,
4 de l'index,
Oui
Elle hocha la tête, et quitta la salle.

Dehors, c'était la guerre : on entendait des cris, des bruits de lames s'entrechoquant.
Elle soupira, ce sera pour une autre fois.
Elle faisait du bruit, volontairement, pour faire fuir les plus peureux et attirer les plus courageux.
Le métal frottait contre le béton tandis qu'elle se dandinait.
Elle fredonnait derrière son masque, et cela faisait du bruit.
Elle le savait, elle était repérée.
Elle se retourna, et vit un homme qui devait avoir la vingtaine, un couteau à la main, qui lui fonçait dessus.
Elle s'écarta, lui faisant un croche-patte.
Il s'effondra au sol.

Il venait de chuter.
Il touchait à peine le sol qu'il se relevait déjà…
Comment avait-elle pu le maîtriser aussi facilement ?
Les Larmes de Lune
"-Salope"
Un murmure, un seul…
Un boitier "sortie de secours" éclairait faiblement la scène.
Il vit alors le canon d'un pistolet pointé sur son front…
Il ferma les yeux.

Ça allait faire une demi-heure que le recrutement avait commencé, il s’apprêtait à sortir…
Le nyctalope empoignait sa rapière, il sortait de la salle.
Un coup de feu retentit.
Il entendait du bruit un peu partout, il commença à se diriger sur sa gauche.
Aux bruits qu'il pouvait discerner, il savait qu'un affrontement avait lieu…
Les agents avaient peur.
Ils n'étaient rien de plus que des proies dans ces ténèbres.
Et le chasseur était de sortie.
Une pensée lui vint
Depuis quand les proies s'entre-déchirent quand le chasseur est de sortie ?
Il se souvint du dernier geste de Sonya, les dernières paroles qu'elle avait dites :
Ce sont bien des balles à blanc ?

notation: 0+x

Elle avait assisté à ce petit discours, un sourire en coin sur les lèvres.
Elle était heureuse de retrouver celui qui l'avait sauvée après tout ce temps.
Trois mois.
Elle s'était entraînée sans relâche durant trois mois. Les plus longs mois de sa vie pour être ici.
La lettre de NightWatch l'invitant au recrutement lui avait été donnée en mains propres par le légendaire Commandant Lightning.
Elle avait passé trois mois à se préparer pour ce jour.
Elle n'avait pas beaucoup d'amis.
Il faut dire qu'elle se l'était jouée solo pendant son entrainement.
Elle était devenue une parfaite "petite connasse" mais elle s'en fichait, elle était ce qu'elle voulait.
Ce surnom lui avait été attribué par un nouveau qui avait rejoint à peu près en même temps qu'elle.
Il voulait s'entraîner avec elle et elle avait dit non.
Depuis, il la considérait comme une rivale et la détestait plus que tout.
Elle s'en fichait.
Elle s'était donc assise dans le noir.
Elle n'aurait pas pu dire qu'elle était prête, mais elle ne l'aurait jamais été.
Dès la fin du discours, elle s'était précipitée hors de la salle.
Elle avait commencé par se dire qu'il fallait se préparer à tuer tous ceux dans la salle, mais en marchant, elle avait réfléchi.
Il dit qu'on doit survivre, pas qu'on doit s'entre-tuer.
Elle avait attrapé un autre agent, qui avait l'air sympa, et lui avait chuchoté ce qu'elle pensait.
"- On doit survivre, mais pas s'entre-tuer, faut juste attendre, ils testent notre capacité à survivre à nous-même. Ils veulent savoir si on fait les bons choix. On s'allie ?
- OK !"
Puis, peu de temps après, un gars qui avait l'air de vouloir jouer sur la force, et qui n'était pas arrivé à la même conclusion qu'eux, les avait entendus, et avait décidé de les prendre en chasse.

Voilà comment ils en étaient arrivés là.
Ils se cachaient.
Ils ne pouvaient pas avancer vite, sinon ils étaient repérés.
Et semer leur poursuivant était une tâche ardue.
Puis, le moment fatidique arriva.
Il y avait une impasse pas loin, et pour esquiver le psychopathe au couteau, il allait falloir la jouer serré.
Puis, un coup de feu retentit.
Son allié sursauta, et émit un petit cri.
Leur poursuivant, qui était à quelques mètres, se tourna vers eux.
"- Trouvé ! Dit-il en souriant."
Elle s'éloigna doucement.
Son compère se tourna pour fuir, mais elle le balaya d'un revers de la jambe.
"- Tu comptais m'abandonner ? lui murmura-t-elle, surprise.
- Putain, tu pouvais pas le distraire comme prévu ?"
Elle sourit.
Au moins, il l'a mérité.
"- C'est con, je comptais me battre avec toi, dit-elle avant de partir en courant.
- Connasse !"
Elle était loin quand les cris se turent.

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Aby et Dante étaient en opération.
Dans une demi-heure ils devraient entrer en jeu mais en attendant ils étaient là.
Assis côte à côte sur un rocher.

"- Dis, tu connais mon passé, mais tu m'as jamais raconté le tiens. Demanda Dante.
- Tu sais, il est pas terrible mon passé, il est même plutôt banal, surtout à coté du tiens. Répondit Aby.
- Tu ne devrait pas avoir honte de ton passé, il a été vécu, et il a forgé la personne que tu es maintenant. Il est comme chaque événement de la vie courante : il a une importance, et vaut la peine d'être raconté.
- Comme tu veux, mais tu vas être déçu."

Elle prit une inspiration, et commença :

"- Tout commence quand j'avais… 7 ans je crois, oui, je venais d'avoir 7 ans. En gros, je foutais rien à l'école, mais pas que je n'y arrivais pas, juste que j'avais pas envie. Un jour, la prof a pris un rendez-vous avec mes parents pour leur en parler, et elle leur a conseillé d'aller voir un psy. Sur le coup, mon père avait refusé. Mais même pas après une discussion, non, il avait simplement dit non.
- Chaud. Il rigolait pas ton père.
- Non, pas vraiment.
- Désolé, continue.
- Merci. Donc, je disais : mon père avait envoyé la prof chier. Pour lui, il fallait que je sois une enfant comme les autres, rentrant parfaitement dans la masse. Et puis, l'année s'est terminée, et l'année qui a suivi, j'ai eu la même prof. Elle a remis ça, mais en ne prenant rendez-vous qu'avec ma mère, pour que mon père ne vienne pas parasiter. Et ça a marché : elle a réussi à convaincre ma mère qu'il fallait que j'aille voir un psy. Et j'y suis allée, en cachette.
- Et ça t'a aidé ?
- Tellement pas ! Je dis pas que c'était un incompétent, loin de là, juste que ça a détruit ma vie.
- Quoi ?
- Je t'explique. Le psy m'a diagnostiqué HPI.
- C'est quoi ?
- Haut Potentiel Intellectuel. Ça veut dire que tu as un QI supérieur à la moyenne. Dans la théorie, c'est bien. Dans les faits, c'est beaucoup moins cool. À la fin de l'année, mon père a découvert que j'allais chez le psy et il s'est disputé avec ma mère, disant que j'étais une fille normale, et pas une "débile mentale bonne qu'à être internée". Et ça s'est su. Dans l'école tout le monde le savait, et puis, ça a été l'enfer. J'ai atteint le collège, et la méchanceté naturelle des enfants est ressortie. Un enfer. Au début, ce n'étaient que des regards, et une réflexion timide pour les plus courageux. Et si ça n'avait été que ça, ça aurait pu aller. J'ai très vite appris à ignorer le regard des gens, c'est ça qui fait que je suis…
- Sans-gêne ?
- Pourquoi tu dis ça ?
- Tu te fiches littéralement de ce que les gens pensent ou voient de toi."

Elle rit :

"- Ouais, sans doute. Bref, sur le coup, ça a empiré. Vraiment. Je ne rentrerai pas dans les détails, mais ça m'a brisée. Et la suite, tu la connais déjà. Au lycée, ça s'est calmé, puis j'ai eu 18 ans, et mes parents m'ont presque abandonnée, et puis j'ai rencontré Jeff." conclu-t-elle

Dante s'étira un moment, tandis qu'elle se relevait.

"-On devrait y aller, nan ? Lança-t-il
- Ouaip. Putain il fait chaud tu trouves pas ?
- Ça passe encore je trouve, ça pourrait être pire.
- Ouais, bah parle pour toi."

Elle enleva son T-Shirt et son pantalon, révélant un bustier et un mini-short noirs, ainsi que de nombreuses manches de tissu un peu partout, dans lesquelles se cachaient des aiguilles.

"-C'est mieux, non ? Demanda-t-elle
- C'est plus gênant qu'autre chose de mon coté.
- Rooooh, tu as l'habitude non ? Et puis, avec toi ce n'est pas grave.
- Mouais, tu vois ce que je veux dire par sans-gêne. Bon, on y va, à moins que tu aies encore trop de vêtements à ton gout ?
- J'enlèverai bien le reste, mais Jeff veut que je reste au moins en sous-vêtements.
- Il tolère déjà beaucoup trop je trouve, enfin bref, on y va."
C'était l'heure, la nuit ne faisait que commencer.

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