Celle qui fait chier

S’il y a bien une chose que je déteste, c’est ne pas comprendre ce qu’il se passe. Et là, je ne comprends rien. On m’a dit d’aller à ce site qu’ils appellent Samech pour qu’on me forme…

Pourquoi ai-je signé ce fichu contrat ? Pourquoi n’ai-je pas regardé ce qui était écrit en tout petit, tout en bas de la toute dernière page ? Pourquoi a-t-il fallu que ça tombe sur moi ?

Ah si, je sais… Semblerait que je sois l’étudiant le plus brillant de ma promotion, que j’ai passé avec brio ma thèse…
Fais chier, j’aurai pas pu me vautrer comme une merde ? Pourquoi le jury a-t-il décidé de me donner les honneurs ? Pourquoi ?

Le jury… Fichu jury de merde…

Hein ? Mais qu’est-ce qu’elle fout là, elle ?

Je regarde la femme qui se présente à nous (nous, soit vingt personnes aussi perdues que moi) : une petite brune à grandes lunettes avec un sourire éclatant sur son visage. Elle dit être le professeur Lucy mais qu’on peut l’appeler Tara…
Mais… Mais elle faisait partie du public qui assistait à ma thèse !
Je sens un goût amer dans ma bouche, celui de m’être bien fait avoir. Bah… Quoique… Après tout, ce job est bien payé et de ce que j’ai compris, pas très dangereux…

"Ne vous inquiétez pas, ce que nous appelons plus communément les skips seront très loin de vous. Vous serez bien souvent cloîtrés dans vos bureaux hormis ceux qui pourront partir de temps à autre, mais c’est très ponctuel, sur le terrain."

Les skips… Des objets ou personnes anormaux que cette Fondation doit contenir. Je n’arrive pas vraiment à réaliser que c’est vrai mais…

Peu à peu, je me rends alors compte que l’anormal, ce qui permet de comprendre notre monde est peut-être là, à quelques centaines de mètres de moi. Je n’écoute que distraitement le discours de la professeur qui est beaucoup trop enjouée par rapport à l’humeur ambiante de l’assemblée qui est toujours aussi perdue que moi.

Certains mythes sont peut-être réels… Des virus et des bactéries à étudier ? De quoi révolutionner notre monde. Je pense à certains de mes amis qui disaient, en riant, que nous n’étions pas seuls… Et les aliens existent aussi ?

J’aurai dû lire le contrat…

"… Vous aurez donc quelques exercices. Comme là…, continua-t-elle."
Quoi comme exercice ?
Une alarme stridente retentit.
Tara se lève calmement en souriant puis crie pour couvrir le bruit de la sirène qui commence à nous casser les oreilles :
"Ne vous inquiétez pas, nous n’avons que des "sûrs" sur le site."

Nous nous levons tout en nous bouchant les oreilles.
"Putain, ils veulent qu’on devienne sourds ou merde, demanda en hurlant l’un de mes voisins."
Je l’ignore et suit Tara qui s’en va vers le bunker.

Ah… Le bunker…
Je me suis toujours demandé à quoi cela pouvez bien ressembler. Ben… C’est un croisement étrange entre un placard à balai, un camp militaire et un vestiaire pour hommes… Avec l’odeur en prime…
Ben ouais… Une vingtaine de personnes dans une même pièce fermée hermétiquement pendant deux heures…

C’est long. Je n’ai même pas de quoi m’occuper…

J’aurai vraiment dû lire le contrat…

Pour tuer l’ennui, je décide donc d’écouter ce que dit Tara :
"Ici, vous avez de quoi tenir pour une semaine en terme de vivres. Vous avez aussi des armes mais la plupart d’entre vous n’êtes pas habilités à les utiliser. Vous devrez toujours exécuter les ordres de ceux qui auront une accréditation plus haute que la vôtre, notamment ceux des agents de sécurité qui seront là pour vous hurler dessus…"
Un petit rire nerveux secoue l’assistance.
Je la regarde en haussant un sourcil. C’est vraiment le moment de faire une blague ?
Elle surprend mon regard et me fait un grand sourire… Je hausse les épaules, sa bonne humeur commence à m’énerver…
Pourtant, les autres ont l’air de bien l’apprécier. Personnellement, je la trouve exaspérante. Je sens qu’elle ne va pas être mon amie… De toute manière, elle est archiviste, on ne va pas se croiser souvent…

Quelques mois plus tard :

Enfin installé à Aleph !
Mon supérieur a l’air sympathique, tant mieux, j’aime pas perdre mon temps avec des cons. J’ai commencé à bosser. Le job me plaît.
Je passe mon temps à travailler, je ne parle pas aux autres.
Je pense que j’aurai droit à la mention « Antipathique » sur mon dossier.

Une voix retentit dans le couloir, juste devant mon labo. Je la reconnais tout de suite… Mais qu'est-ce qu'elle fout là ?
"Oh ! Nephandi ! Comment ça va, demanda Tara.
- Bien, la routine… Et toi ?
- Des dossiers… des dossiers… Et oh ! Quelle originalité ! Encore des dossiers… Tu t'en sors avec le nouveau ?
- Il est efficace, ça me va."
Elle passe sa tête dans l'embrasure de la porte :
"C'est bien vous non ? Celui que j'ai formé ?"

Deux mois très longs…

Je hoche la tête, d’un air morne. Elle ne se démonte pas pour autant et me demande :
"Vous vous appelez Edward ?"
Je me crispe. Je n’aime pas que l’on m’appelle par mon prénom. Je lui dis alors d’un ton cassant :
"Appelez-moi Sempras, comme tout le monde."
Je ne sais pas pourquoi, mais je sens qu’elle va me faire chier longtemps celle-là…

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